mardi 6 janvier 2009

2. Regards sur l'Algérie, part two.



Algérie 1/2 الجزائر envoyé par Recuerdos-Alhambra



Adieux

Vercors qui a tremblé, Vercors qui a souffert,
Je viens puiser en toi quelque oubli pour ma peine…
Comme toi j’ai connu la douleur et l’enfer…
Mon cœur qui était pur a rencontré la haine !
Sais-tu qu’il était beau et ardent mon pays,
Avec son clair soleil, ses moissons, ses vendanges,
Avec son ciel trop vif touchant le Paradis,
Et ses arbres dorés par l’or de ses orages !
Ah ! Les soirs lumineux dans le cœur de l’été,
Et le bleu si profond de nos nuits oranaises,
Ces grappes étoilées dans le chemin lacté,
Si denses qu’il semblait que la nuit fut en braises…


Il a fallu partir… Et nous avons pleuré,
Et nos yeux d’exilés sont si brûlants de larmes,
Qu’ils ne voient plus, hélas, l’éclat de nos forêts,
Ni les longs palmiers bleus qui balançaient leurs palmes…
Nous n’avons plus dès lors que l’amertume au cœur,
Et pour couvrir nos fronts que deux pauvres mains vides !
J’ai partagé de tous les autres le malheur,
Et me voilà comme eux, sur un chemin aride.
Ouvre-moi les sentiers tout éclairés de fleurs,
Prête-moi les ruisseaux, j’y peindrais les méandres,
De ce qui fut nos joies dans les matins meilleurs,
Qui ne sont plus hélas, que tisons sous les cendres !
Comme dans un coffret on enferme l’image,
D’une morte adorée qu’on pleurera toujours,
Je scelle dans mon cœur tes voix, tes paysages,
Algérie que j’aimais, Algérie mon amour !

Marcelle Doran



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Je suis Pied-Noir

Je suis « Pied-Noir », que m’importe la gloire !
Je suis « Pied-Noir », que m’importe la mort !
De mon pays, j’ai voulu la victoire,
Mais j’ai perdu… Et mon cœur saigne encore
Belle Algérie fière d’être française,
Ne serais-tu qu’un paradis perdu ?
Toi qui vibrait sur une Marseillaise,
Oh ! Mon pays qu’es-tu donc devenu ?
Terre bénie, vibrante de lumière,
Où j’ai grandi dans la foi et l’honneur,
Où est passé ton soleil légendaire ?
J’en ai besoin pour réchauffer mon cœur !
J’ai besoin de ta chaleur pour renaître,
Je veux te revoir, mon pays natal !
Je suis « Pied-Noir » et je suis fière de l’être,
Mais, tout au fond de mon cœur, que j’ai mal !

Yvette Ginestar





Que sont devenus ?...

Que sont donc nos chers amis devenus
Fidèles compagnons de jeunesse,
Dans notre foyer, toujours bienvenus,
Cœurs pleins d’exubérante tendresse ?
- Un ouragan les a tous dispersés.
Que sont devenues nos joies d’autrefois,
Les rires tous, les chansons de nos filles,
Le bonheur de se réunir parfois,
Pour de joyeuses fêtes de famille ?
- Au vent de l’exil se sont envolés ! Q
ue sont devenus Rachel, Mimouna,
Mes amis depuis la maternelle ?
Nous partagions les moucrouds, la mouna,
Et nos jeux d’enfant dans les venelles.
- Un coup de siroco nous a séparées !
Qu’à t’on fait de nos belles plages dorées,
Si criantes aux jours chauds de l’été,
Criques profondes au sable mordoré,
Ebats joyeux dans l’eau tiède, gaieté ?
- Un raz de marée a tout emporté !
Et vous tous, noms glorieux de nos citées ;
Kléber, Arcole, Fleurus
– Nos avenues, Joffre, Loubet, Clemenceau, Liberté,
Dans ce chaos qu’êtez-vous devenus ?
- L’ingratitude vous a effacés !
Je vous pleure, témoins de mon passé,
Témoins d’un bonheur enfui à jamais,
En vous perdant, le doux lien est cassé,
Plus rien ne reste de ce que j’aimais !
- Un vent de folie a tout ravagé !

F. Sanchez-Crémino


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Terre d’asile

Après qu’un vent cruel les eût pris de leurs terres,
Désemparés, muets, accablés de stupeur,
Ceux qui venaient de fuir mille scènes d’horreur,
Pleuraient en évoquant foyer et cimetières.
Ils arrivaient ici, le cœur noir de tristesse,
Et touchaient à des bords inondés de soleil,
A des plages dorées où, près du lourd réveil,
Un peuple aveugle encore, s’ébattait en liesse.
Dans leur quête d’oubli, de calme ou réconfort,
Avant de retrouver un bonheur dans l’effort,
Ils cherchèrent d’instinct la douceur méridienne.
Et dans leur chair marquée de tourmente algérienne,
Hébétés, affalés sur quelques lits de camps,
Ils soupiraient après la paix des calycanthes.
Charles Kalfon.



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EL HOUARI - RAÏ 1oo% ORANNAiS ...
envoyé par Algerienne6713


Remember

Souviens-toi de toux ceux qui là-bas sont restés,
De toutes ces tombes que tu ne peux pas fleurir,
De tous ceux qui, victimes et martyrs sont tombés,
Sous les coups furieux d’une foule en délire,
Ne laissant nulle trace, seul un pieu souvenir.
Souviens-toi de ces pauvres vieillards arrachés,
Déracinés par la tempête meurtrière,
Qui n’ont pu supporter l’exil, ni s’accrocher,
Sur une terre parfois inhospitalière.
Recueille-toi, ils ont droit à nos prières.
Mais souviens-toi bien qu’ils ne sont pas morts en vain,
Ils te laissent à toi, Pied-Noir, un bel héritage,
Celui d’entretenir, passer de main en main,
La flamme du souvenir : Honneur et courage !
De tous les symboles le plus beau témoignage.
Où que tu sois, fais-le briller bien haut, très haut,
Accroche-le dans le ciel comme une étoile,
Qu’elle éclaire ta route d’un lumineux faisceau,
De la sombre nuit qu’elle déchire le voile,
« Souviens-toi » c’est inscrit en rouge au Mémorial.

F. Sanchez-Crémino.





L’autre Monde

L’autre monde est un lieu où je me réfugie,
Quand j’ai le cœur serré où bien quand je m’ennuie.
J’appelle alors à moi les cieux où j’ai vécu.
Ma mémoire est fidèle et me les restitue.
Je revois la maison assise dans les vignes,
Tout au bout du chemin plein d’ornières creusé.
Il flotte autour de moi en écrivant ces lignes,
Le parfum du raisin, dans la hotte écrasé.
Très tôt dès le matin, à peine réveillée,
J’ouvrais ma porte en grand aux rayons du soleil,
Je courrais vers le cep. Sous la feuille rouillée,
Je soupesais la grappe aux grains ronds et vermeils.
Je les avais vu naître à l’aube du printemps,
Puis doucement grossir et gonfler et dorer.
Ils étaient encore là, mais plus pour très longtemps,
Car venait le moment de les récupérer.
Déjà, sur le chemin, s’avançait un fellah,
Saluant de la main ou parfois s’arrêtant,
Pour bavarder de tout, des travaux et du temps,
De la récolte en cours « Assez bonne inch’Allah ! »
L’alouette montait en modulant ses trilles,
La minute était douce et je le sentais bien,
Que n’ai-je pu garder, à l’abri de mes grilles,
Ces automnes sereins dont il ne reste rien !

Denise Lagarde Mostaganem (Angoulême 1978)


on peut cliquer sur la carte pour l'agrandir maintenant.

La chapelle abandonnée (A celle qui illumina notre vie quotidienne)

L’oubli enlise t’il Santa, la basilique ?
Qui surplombait la mer de ses vastes rochers,
Et que nimbait d’or le soleil qui se couchait,
Illuminant l’écume en gerbes allégoriques.
La Méditerranée ondulait, magnifique,
En lapis-lazuli de larmes qui léchaient,
Les contours de la darse. Et la brise séchait,
Les dunes assoupies sous un ciel romantique.
La mouette volait, modulant sa chanson,
Au-dessus des flots bleus, si bémol languissant,
Et la Vierge Marie offrait ses mains ouvertes,
A l’Océano Nox des marins dévêtus,
Par les lames de fond, à la plage déserte.
Non loin du Mudjardo le vieux clocher s’est tu…

Raymonde Canal-Botella



Santa Cruz

Le ciel était d’un bleu, si bleu presque insolent,
Le soleil bienheureux naissait tout doucement,
Derrière la montagne ce témoin du passé,
De gloires et batailles, et volcans trépassés.
Aux pieds de Santa Cruz les quelques maisonnettes,
Aux volets vert de mousse oyaient la chansonnette,
Du cliquetis tranquille de l’eau sur le vieux port.
Du bus qui m’amenait loin, à Monte Christo,
Je pouvais contempler ceux qui se levaient tôt.
Arabes et français sous l’air pur du matin,
Marchaient d’un pas léger ; où seraient-ils demain ?
Depuis vingt ans bientôt, je revois ces matins,
Et ce fier château fort qui surveillait sans fin,
Le port et puis la mer, la terre et le ciel,
Mes larmes sont amères, mes souvenirs de miel.

Adieu ma douce Oran, adieu la France chérie,
C’est moi. C’est ton enfant qui pleure sa patrie.

Fernande Garcia Saint Eugène – Oran, Mai 1962



video suprimée :
VILLES D'ALGERIEenvoyé par Algerienne6713




Précisions : " Abd el Kader est un personnage éminent et charismatique, inscrit au panthéon de l’histoire de l’Algérie contemporaine. Fondateur d’un état moderne, humaniste et mystique, il ne cessa d’œuvrer au rapprochement de l’Orient et de l’Occident et au dialogue des cultures et des religions. Après dix-sept années de lutte contre l’occupation française en Algérie, emprisonné puis libéré par Bonaparte, il s’exile en Turquie, puis en Syrie, où il se consacre à l’enseignement et à la méditation. Il est inhumé à Damas, aux côtés de son maître soufi, Ibn Arabi. Le 27 octobre 2006 le Maire de Paris inaugure une place Abd El Kader dans le 5ème arrondissement, à proximité de la Mosquée de Paris. " Citations : " Si les musulmans et les chrétiens avaient voulu me prêter leur attention, j'aurais fait cesser leurs querelles; ils seraient devenus, extérieurement et intérieurement des frères.•" Abd El-Kader, 1850 Il ne manquait jamais de rappeler ce verset du Coran : « Celui qui tue un homme tue l’humanité tout entière ... »


Ce billet est la suite de :
http://fleurdecorailpassiongitane.blogspot.com/2009/01/1-regards-sur-lalgrie-part-one.html


Voir aussi :


http://fleurdecorailpassiongitane.blogspot.com/2008/06/2-raconte-moi-lalgrie-grand-mre.html


A suivre...Lire : http://fleurdecorailpassiongitane.blogspot.com/2009/01/4-regards-sur-lalgrie-part-three.html

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